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Lobbying, fonds européens: Bruxelles promet plus de transparence
mercredi 3 mai 2006 à 14:31
Le commissaire européen Siim Kallas, chargé de la lutte
contre la fraude et la corruption, le 3 mai 2006 à Bruxelles
Le commissaire européen Siim Kallas, chargé de la lutte
contre la fraude et la corruption, le 3 mai 2006 à Bruxelles
(Photo: Jacques Collet / AFP)
BRUXELLES (AFP) - Bruxelles a fait mercredi des propositions pour lever
le voile sur les pratiques des lobbies et les
bénéficiaires des fonds européens, une initiative
visant à restaurer la confiance des Européens dans les
institutions communautaires mais jugée trop timide par plusieurs
ONG.
En soumettant ces propositions à une vaste consultation
jusqu'à fin août, le commissaire européen Siim
Kallas, chargé de la lutte contre la fraude et la corruption, a
estimé que l'Union européenne avait eu jusqu'ici "de la
chance de ne pas avoir été confrontée à un
scandale".
Il a également souligné que l'opacité actuelle en
matière de lobbying et de fonds déboursés
alimentait "les suspicions" et jugé la transparence essentielle
pour réconcilier les Européens avec leurs institutions,
après le rejet de la Constitution par la France et les Pays-Bas.
Si la Commission et les ONG estiment à 15.000 le nombre de
lobbyistes qui cherchent à peser sur la législation
européenne, tous soulignent que ce chiffre est approximatif
puisqu'il n'y a pas obligation de s'enregistrer comme tel auprès
d'un organisme quelconque.
Plus incertains encore sont les montants dépensés en
lobbying puisque, contrairement aux Etats-Unis, il n'y a aucune
obligation de publier la moindre information.
"Clarifions le paysage, adoptons des règles et un comportement
sain, et un système d'enregistrement qui donne des avantages
à ceux qui agissent conformément aux règles", a
déclaré le commissaire Kallas.
Le Livre vert présenté mercredi comprend plusieurs
propositions pour clarifier l'activité des groupes de pression:
il suggère la mise en place d'un système d'enregistrement
de leurs représentants, sur une base "volontaire".
Cet enregistrement impliquerait la publication des organismes appuyant
ces lobbyistes et de leurs moyens financiers, et l'engagement à
se plier à un code de conduite, développé par la
profession elle-même.
Pour que les lobbyistes se fassent connaître, Bruxelles veut
assortir d'avantages cet enregistrement: les lobbyistes
enregistrés seraient automatiquement prévenus de
l'ouverture de consultations publiques sur des projets de
législation les concernant.
Philippe Blanchard, lobbyiste pour le géant des relations
publiques Hill and Knowlton, a assuré que les grandes
sociétés de lobbying ne feraient aucune difficulté
pour s'enregistrer, même si ce n'est pas obligatoire.
"Notre liste de clients est connue, quand nous intervenons
auprès des députés ou de la Commission, ils savent
qui nous représentons", a-t-il ajouté, en soulignant que
"personne n'est jamais venu nous montrer un cas ou il y ait eu des
problèmes de transparence".
Mais un député Vert allemand, Hiltrud Breyer,
déplorant comme plusieurs ONG l'absence de règles
contraignantes, a qualifié de "trompe-l'oeil" les propositions
de la Commission, qui vont "légitimer un lobbying agressif et
débridé".
Une ONG spécialisée dans la surveillance des lobbies,
Corporate Europe Observatory, a également reproché
à la Commission de ne pas s'attaquer fermement au
problème du "pantouflage", en n'interdisant pas aux hauts
fonctionnaires de la Commission de se recycler dans le lobbying.
Par ailleurs, toujours au nom de la transparence, Siim Kallas a
préconisé mercredi la publication obligatoire des
bénéficiaires des fonds européens
co-gérés par les Etats-membres. Ces fonds
représentent les trois-quarts des 86 milliards d'euros
dépensés annuellement par l'UE.
Actuellement, une dizaine d'Etats membres publient déjà
sur internet des informations détaillées sur les
bénéficiaires des fonds, alors que d'autres -- dont la
France -- refusent de les divulguer.
Même si cette proposition "devrait aider les citoyens à
surveiller où va leur argent", l'ONG Transparency International
a estimé que la Commission aurait du également proposer
de disqualifier des fonds européens toute société
qui utiliserait des pratiques corrompues pour obtenir des contrats.